Le ratio cours/bénéfices est probablement le ratio le plus célèbre et le plus utilisé dans le monde de l’investissement. Il est calculé en divisant le prix d’une action par son bénéfice net par action sur une période de douze mois.
Par exemple, une action se vendant 10$ et ayant réalisé 0,50$ de bénéfices par action au cours des douze derniers mois aura un ratio cours/bénéfices de 20 (10/0,50=20).
S’il est plutôt simple à calculer, son interprétation comporte de multiples subtilités. En voici quelques unes qu’il faut prendre en compte pour déterminer si le ratio cours/bénéfices d’un titre est attrayant ou non …
Le mettre en relation avec la croissance future des profits
Règle générale, le ratio cours / bénéfices d’une action reflète les prévisions de croissance de son bénéfice pour les prochaines années. Une société pour laquelle le marché prévoit une croissance annuelle des profits de 20% devrait se vendre à un ratio c/b aux alentours de 20. Un titre ayant de faibles perspectives de croissance aura un ratio c/b très bas. Une erreur classique consiste à considérer les titres à bas ratio c/b comme des aubaines.
Certains de ces titres peuvent être des aubaines mais la plupart méritent ce faible ratio c/b en raison de l’absence de croissance de leurs profits. Une autre erreur consiste à surestimer la croissance future d’un titre et ainsi l’acheter à un ratio c/b trop élevé. Il faut aussi éviter de bêtement extrapoler la croissance passée dans le futur (le passé n’est pas garant de l’avenir).
Le mettre en relation avec le bilan financier
Si le ratio cours / bénéfices est en fonction de la croissance future des profits, la matérialisation de cette croissance dépend en bonne partie de la flexibilité financière de la compagnie.
Prenons l’exemple de deux compagnies (les sociétés A et B) prévoyant toutes deux une croissance annuelle des profits de 20% pour les cinq prochaines années. La société A est lourdement endettée tandis que la société B n’a pas de dettes et possède d’abondantes liquidités. Il est clair que la société B est beaucoup mieux positionnée pour réaliser ses objectifs de croissance et mérite un ratio c/b supérieur à la société A.
Le mettre en relation avec les taux d’intérêt
Les ratios cours / bénéfices moyens auxquels s’échangent les titres boursiers dépendent du niveau des taux d’intérêt. Les investisseurs sont prêts à payer un multiple plus élevé pour les profits d’une société lorsque les taux d’intérêt sont bas et vice-versa. En général, le ratio cours / bénéfices moyen d’un indice boursier diversifié comme le S&P 500 devrait correspondre à l’inverse des taux d’intérêts.
Par exemple, dans une monde où les taux d’intérêts sont de 5%, le ratio c/b moyen d’une indice comme le S&P 500 devrait être de 20 (1/0,05=20)
Accorder un prime pour la visibilité des profits
Les sociétés ayant une bonne visibilité sur leurs profits se transigent généralement à des ratios cours / bénéfices plus élevés. La visibilité des profits est la certitude que les profits seront au rendez-vous dans les prochaines années et ne subiront pas de baisse importante. Cette caractéristique se retrouve principalement chez les grandes sociétés ayant une position concurrentielle très forte comme Coca-Cola et General Electric. Ces titres se transigent la plupart du temps à des ratios c/b supérieur à leur taux de croissance en raison de la grande visibilité de leurs profits.
Se méfier des entreprises cycliques
Il faut se méfier des ratios c/b des entreprises œuvrant dans des secteurs cycliques. Ces ratios sont souvent très bas au sommet du cycle et très élevés au creux du cycle.
La raison est simple : les marchés n’accordent pas un multiple élevé aux profits réalisés au sommet d’un cycle car ils anticipent que ceux-ci vont décliner au cours des prochaines années. Ils vont par contre accorder un multiple élevé au creux d’un cycle car ils anticipent que la reprise des activités du secteur engendrera une forte croissance des bénéfices.
Une erreur classique consiste à croire qu’un titre cyclique ayant connu une forte croissance de ses profits au cours des dernières années et se vendant à un ratio c/b peu élevé constitue une aubaine.
Bien souvent, il s’agit d’un titre profitant du sommet d’un cycle et dont le cours risque de suivre la pente descendante de son secteur d’activité…